Fête de l'Assomption de la vierge Marie

Si les textes de cette fête de l’assomption de la vierge Marie nous présentent des figues symboliques de l’Eglise en marche vers le Royaume et dont nous faisons partie puisque nous sommes là aujourd’hui, ils nous présentent aussi deux figures de femmes bien réelles auxquelles nous pouvons plus nous identifier.

Alors en contemplant ces deux femmes dans cette page d’évangile, je trouve qu’elles nous livrent trois attitudes qui sont comme autant de repères pour notre vie chrétienne : la joie, la foi, et l’action de grâce (j’utiliserais le mot bénédiction tout à l’heure).

La joie. La joie de Marie, la joie d’Elisabeth et donc la nôtre.

La joie de Marie. C’est la joie de l’annonce. Marie vient d’apprendre non seulement qu’elle, la jeune fille vierge qui ne connait pas d’homme, est enceinte du messie attendu avec espérance par son peuple, mais – l’ange vient de lui annoncer aussi - que sa cousine Elisabeth, âgée sans avoir pu avoir d’enfant, est elle aussi enceinte. On comprend sa joie. Et son empressement à se mettre en route pour aller rendre visite à sa cousine, qu’elle ne doit pas rencontrer souvent. Marie est à Nazareth en Galilée, alors qu’Elisabeth et Zacharie habitent dans la montagne de Judée dans la région de Jérusalem.

La joie d’Elisabeth. C’est la joie de l’accueil, de la rencontre. On imagine la joie de ces deux femmes enceintes, ces deux cousines qui se retrouvent et partagent cette bonne nouvelle. On imagine la joie d’Elisabeth d’accueillir sa cousine et de lui confirmer la nouvelle. « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » J’avoue que j’aimais mieux l’ancienne traduction : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Oui Elisabeth est heureuse de rencontrer et d’accueillir Marie. C’est la joie de la rencontre.

Et nous. Quelle est notre joie ? Nous sommes invités à nous retrouvés régulièrement dans une Eglise pour le rendez-vous dominical ou pour les grandes fêtes comme aujourd’hui. Notre joie devrait être la même : la joie de l’annonce de la Bonne Nouvelle et la joie de la rencontre. Accueillir la Bonne Nouvelle de Jésus, se rencontrer, se retrouver, et avoir la joie aussi de repartir pour annoncer ce que nous avons reçu et vécu.

Deuxième attitude : la foi !

La foi de Marie : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ! » Oui, Marie est celle qui a cru. Et sa prière, ce Magnificat est une belle expression de sa foi en ce Seigneur, ce « Puissant qui fait pour elle des merveilles. »

La foi d’Elisabeth aussi ! Elle reconnait en Marie la mère de son Seigneur. Dans l’Eglise primitive, dire que Jésus est Seigneur est une expression de foi forte. Pour les tout premiers chrétiens, dire de ce Jésus qui est venu arpenter les chemins de chez nous est Seigneur, c’est affirmer sa divinité, c’est dire je crois en Jésus, Fils de Dieu. Elisabeth le dit, alors qu’il n’est pas encore né.

Et nous, quelle est notre foi en ce Jésus. Que dirions-nous de lui ? Et comme Marie, pouvons-nous dire que le Puissant fit pour moi des merveilles. Je sais que certains vivent des choses tellement difficiles qu’ils sont bien incapables de formuler une telle expression. Mais, pour nous, ces mots doivent être l’expression de notre foi au Christ. Oui, en donnant sa vie par amour sur la croix. Il se donne à nous totalement. Oui, le Seigneur fait pour moi des merveilles. Il nous donne sa vie.

Et puis enfin, troisième attitude. L’action de grâce, la bénédiction.

Celle de Marie. C’est bien sûr cette prière du Magnificat, « mon exalte le Seigneur, exulte mon Esprit en Dieu mon sauveur ». Marie bénit le Seigneur, pour toutes les merveilles qu’il fait dans sa vie.

Celle d’Elisabeth : « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles. » Action de grâce, bénédiction pour tout ce que Dieu fait pour elle et pour Marie.

Et la nôtre ? Quelle est-elle en ce jour où nous fêtons l’assomption de la vierge Marie ? Bien sûr chaque fois que nous nous rassemblons c’est pour rendre grâce pour tout ce que le Seigneur fait pour nous et que nous rappelons et revivons à chaque eucharistie. Aujourd’hui, nous devons lui rendre grâce, le  bénir le Seigneur pour le choix qu’il a fait de ces deux femmes, pour l’immense mission qu’il leur a confiée. Et aujourd’hui, nous le bénissons parce que nous célébrons Marie qui nous précède auprès de lui, elle préfigure toute l’humanité sauvée. Et pour cela nous devons particulièrement lui rendre grâce, avec foi et dans la joie.

 

 

Homélie pour le 18ème dimanche du temps ordinaire (année B)

Dans cette première page du discours sur le pain de vie que nous entendrons tout au long de ce mois d’Août, j’ai retenu trois verbes. VOIR, CROIRE et TRAVAILLER. Ce sera bien sûr, mes trois points !

Voir. La foule vit que Jésus n’est plus là. Elle veut voir Jésus et elle voit qu’il n’est plus là. Voir Jésus. Zachée, nous. Tous nous aimerions bien voir Jésus, mais il n’est plus là.  Dans nos vies humaines, il y a des choses qui ‘on aimerait bien voir, mais elles se voient pas, mais l’essentiel est invisible pour les yeux. Tout juste se perçoivent-elles !

Mais Jésus n’est pas dupe.  Vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé et vous avez été rassasiés. Finalement la foule ne recherche pas Jésus, elle est plutôt à la recherche de son intérêt, retrouver celui qui est capable de nourrir une foule avec trois fois rien. Ne serions-nous pas, nous aussi à la recherche de notre intérêt, ne sommes-nous pas à la recherche de la satisfaction de nos petits besoins personnelles, prêts à succomber à la meilleur offre promotionnelle. 4 baguettes pour le prix de 3 !

Alors la foule demande un signe à Jésus. Quel signe vas-tu faire que nous puissions le voir et te croire. On en arrive à l’articulation entre la première partie et la deuxième. La foule aimerait bien voir pour croire, voir encore plus. Il y a eu la multiplication de pains, ils ont mangé, ils en redemandent. Un signe, un signe…. Avouons que nous aussi. La foi nous fait quelque fois défaut, elle laisse parfois la place au doute. Et on aimerait bien voir pour affermir notre foi.  Voir, c’est important, mais ce n’est pas suffisant. C’est quand il n’y a rien à voir qu’il faut passer à croire.

Croire.  Alors Jésus rappelle à la foule et à nous aussi : que l’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui  qu’il a envoyé. L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez. Expression étonnante : la foi est d’abord l’œuvre de Dieu. Ce qui veut dire que la foi est d’abord un don, un cadeau qui nous est fait. Et qui n’attend qu’une chose, notre réponse. La foi, c’est Dieu qui nous dit : je crois en toi. Que vais-je répondre ? Moi, aussi, je crois en toi ?

Comme dit Thomas à la fin de l’évangile de Jean. Il faut voir pour croire. Et c’est bien ce que demande la foule à Jésus.  Quel signe vas-tu faire que nous puissions le voir et te croire ? Jésus nous rappelle qu’un signe est un signe et on ne peut pas en rester à la vue du signe. Il faut entrer dans la signification.  Jésus a nourrit la foule. La foule a vu le signe mais en a-t-elle perçu la signification : Jésus est celui qui parce qu’il nous nourrit, nous donne la vie.

 Celui qui vient à moi, n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. Ainsi se termine cette première page de ce discours sur le pain de vie. Alors oui, la foi est un don, c’est Jésus qui se donne à nous et la foi est une réponse. Et cette réponse, elle consiste d’abord à venir à lui, à croire en lui.

Et, c’est là qu’intervient le troisième verbe qui est Travailler. Il ne vient que deux fois dans cette page d’’évangile avec un rebondissement sur les œuvres. Jésus dit : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme » Et la foule répond : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Et, c’est là que Jésus répond : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé ! » Donc il faut travailler pour la nourriture de la vie éternelle, le pain du ciel, qui donne la vie au monde et  qui n’est autre que Jésus lui-même : moi, je suis le pain de la vie. Oui, Jésus se donne. Alors travailler aux œuvres de Dieu, donc à la foi :

En accueillant Jésus comme Parole de Dieu et nourriture pour notre route. Quel temps je prends pour me nourrir de la parole de Dieu ?

Ensuite, en prenant les moyens d’approfondir sa foi. Comment j’accueille les différentes propositions de formation pour nourrir et approfondir ma foi ? Les rencontres autour du Notre Père ou autres… ?

Et enfin en témoignant de sa foi pour toute notre vie, par nos paroles, nos comportements, nos engagements, afin que tous puissent apporter une réponse de foi à ce don que nous leurs faisons.

Homélie pour le 11ème  dimanche du temps ordinaire (B)

S’il y a un thème central dans la prédication de Jésus. C’est bien le thème du Royaume des cieux, ou du Règne de Dieu. C’est l’objet de la prédication de Jésus, il est venu annoncer la proximité, la venue de ce Royaume, de ce règne, il est même venu inaugurer le Royaume. Et l’une des manières de Jésus d’en parler, c’est par les paraboles. Les paraboles du règne de Dieu. Chacune de ces paraboles nous délivre un petit enseignement sur le royaume. Et il faut être attentif au moindre détail. Par exemple avez-vous remarqué que dans les deux paraboles que nous venons d’entendre, Jésus compare le règne de Dieu à deux réalités très différentes : dans la première, Jésus compare le règne de Dieu au semeur : il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence, dans la seconde il le compare à la semence : à quoi allons-nous comparer le règne de Dieu : il est comme une graine de moutarde. Si le règne de Dieu est à la fois le semeur et la semence, qu’est-ce que cela peut être Je ne vois pas autre chose que le Christ lui-même, le Christ en tant que parole de Dieu.  Le Christ Parole de Dieu sème la Parole. Alors, j’ai envie de retenir trois verbes pour développer mon propos : semer, grandir, récolter.

Semer. Il s’agit bien d’un semeur et d’une semence. Une fois semée, la semence devient invisible, elle est enterrée, enfouie ; et comme la graine de moutarde, elle est tellement petite, qu’elle en est insignifiante, qu’une fois semée en terre, elle a totalement disparue. Si on en revient à la parole, j’ai envie de dire aussi qu’une parole, une fois prononcée, elle disparait. Elle est entrée dans une oreille sans doute, mais on ne l’entend plus, elle n’existe plus. Et pourtant.

Deuxième verbe : Grandir. Le semeur a semé, il accompli son travail. La semence est enfouie, enterrée. Le semeur ne fait plus rien. Et pourtant, le miracle de la vie opère. La semence germe, une petite pouce apparait, une herbe sort de terre, grandit, se développe, soit donne du fruit : l’épi qui se charge de grains de blé, soit devient la plus grande des plantes du potager. La nature a fait son travail, le cycle de la vie son œuvre. J’en reviens à la parole. La parole a été entendue, elle est entrée dans l’oreille et s’est blottie dans le cœur de la personne qui l’a entendue. Imaginons que cette parole est une parole d’encouragement d’un professeur à un élève qui a un peu de mal. « Essaye encore, tu es capable… ! » Cette parole va germer, elle va faire son œuvre, elle va donner confiance à celui qui l’a entendue. Elle va permettre à l’enfant d’oser, de se dépasser.

Alors vient le temps du résultat. C’est le temps de la moisson, de récolter les fruits. La semence a donné son fruit et la petite graine est devenue une grande plante et les oiseaux du ciel peuvent y faire leur nid. Quelle belle image. Et notre parole semée dans le cœur de cet élève, produira aussi son fruit, il réussira car son professeur a cru en lui. J’aurais pu prendre aussi comme exemple le premier « Je t’aime » du jeune homme à sa bien-aimée… ou prendre un contre-exemple : un prof qui en début d’année dit à un élève, tu es un bon à rien, tu n’arriveras jamais à rien. Elle produira aussi du fruit après avoir germer, sauf que le fruit ne sera vraiment pas bon, il sera amer.

Alors revenons au règne de Dieu et à Jésus pour conclure, lui qui est le semeur de la parole et la parole elle-même. Je prends un exemple dans l’évangile, une parole de Jésus : « Zachée, aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi ». Jésus sème une parole et il s’invite lui-même en personne chez cet homme Zachée. La parole germe et va produire l’un des fruits du Règne de Dieu : « Je donne la moitié de mes biens aux pauvres et si j’ai fait du tort à quelqu’un je lui rembourse 4 fois plus. » Les 3 caractéristiques principales du Règne de Dieu sont la paix, la justice et l’amour. La parole de Jésus semée dans le cœur de Zachée et Jésus lui-même s’invitant chez Zachée auront permis à la justice de grandir et de produire du fruit chez cet homme Zachée.

Les enfants et les jeunes qui ont reçu le signe de la croix tout à l’heure vont maintenant recevoir le Livre de la Parole. Mais avant, ils nous diront une Parole tirée de ce livre de la Parole de Dieu et comment elle a commencé à germer dans leur cœur. Nous prierons pour que cette Parole porte en eux des fruits de paix, de justice et d’amour…, et chez nous aussi !

 

Homélie pour la première communion des enfants

Les enfants, avez-vous bien écouté cette page d’Evangile ? Qui peut me dire les trois paroles de Jésus dans cette page d’Evangile ?

  • Où pourrions-nous acheter du pain pour que tout le monde ait à manger ?
  • Faites les asseoir !
  • Ramassez les morceaux en surplus afin que rien ne se perde.

Des fois on pourrait avoir l’impression que Jésus, il est au ciel, bien loin de nous, mais quand on lit l’évangile, on se rend compte qu’il a les pieds bien sur terre.

Jésus voit une foule. Et il pose la question à Philippe : où pourrions-nous acheter du pain pour toute cette foule ? Il se doute que cette foule qui l’a suivi de l’autre côté du lac doit commencer à avoir faim, alors il se soucie de ne pas la renvoyer sans qu’elle ait mangé, oui mais voilà où acheter du pain pour tant de monde. Jésus se pose la question de l'intendance et se soucie de ceux qui ont faim.

Et puis, faites les asseoir ! Il voit bien aussi que la foule est fatiguée, il faut qu’elle se repose le temps du repas. Jésus est soucieux de tous ses gens et parmi eux, il doit y avoir des gens plus âgés, d’autre plus jeunes, même des femmes enceintes. Jésus se soucie de ceux qui sont fatigués.

Et puis plus étonnant, dernière phrase : que rien ne se perde. Pas de gaspillage. A l’heure où nous sommes soucieux des ressources de la planète et des déséquilibres entre ceux qui n’ont pas de quoi vivre et ceux qui gaspillent, Jésus nous rappelle que rien ne doit se perdre. Pas de gaspillage. Voilà les trois paroles de Jésus dans cet évangile. Ca n’a rien d’extraordinaire. Ce sont des attentions toutes simples que nous devrions nous aussi avoir tous les jours.

Il y a ce que Jésus dit, mais aussi ce qu’il fait. Et ce qu’il fait est peut-être plus subtil. Je dirais que Jésus fait trois choses. Il entre en communion avec la foule, il entre en communion avec Dieu son Père, il nous aide à entrer en communion avec lui.

Par le souci qu’il a de la foule, affamée, fatiguée. Jésus se sens tellement proche d’elle qu’on peut dire qu’il est en communion avec elle. Il ressent ce que ressent la foule, il éprouve ce qu’éprouve la foule. Il est en communion avec elle.

Et puis, il y a ces paroles que l’évangile ne nous rapporte pas. Après avoir rendu grâce, nous dit l’évangile. Jésus se tourne vers son Père, et il lui rend grâce, il lui dit merci, le texte ne nous dit pas pourquoi, mais on sent bien qu’à ce moment-là Jésus est tellement proche de son Père, qu’on peut dire qu’il est en communion avec lui.

Jésus est en communion avec la foule, il est en communion avec son Père. Alors se réalise l’impossible, par lui, grâce à lui, la foule qui est en communion avec Jésus qui est en communion avec son Père, se trouve, elle aussi, être en communion avec Dieu lui-même.

Alors voilà les enfants, tout à l’heure vous allez communier pour la première fois. Après tout ce que je viens de dire, vous avez compris qu’il est plus important d’être en communion que de faire sa communion. Et c’est bien pour cela que nous allons dire cette grande prière eucharistique qui est sur votre feuille.

Dans cette grande prière, nous faisons trois choses. Nous disons merci, nous faisons mémoire, et nous nous préparons pour être en communion.

Dire merci, rendre grâce pour tout ce que Dieu fait pour nous, pour tout ce qu’il nous a donné, le monde, la création, la vie, l’amour et particulièrement de nous avoir donné Jésus son fils, lui qui est allé jusqu’à donner sa vie pour nous. Dire merci, rendre grâce.

Alors nous faisons ensuite mémoire de Jésus, de son dernier repas avec ses disciples, le jour où il a pris le pain et l’a donné à ses disciples : prenez et mangez ceci est mon corps. Nous faisons mémoire de sa mort et de sa résurrection.

Et puis nous demandons à Dieu de bien nous préparer pour être en communion. Nous allons recevoir à cette table dans la joie de l’Esprit-Saint le Corps et le Sang du Christ, que cette communion nous rende capables de vivre comme Jésus entièrement donné à toi et aux autres. Communier, c’est accepter de nourrir sa vie à la vie de Jésus pour que notre vie ressemble un peu à la sienne. Accorde-nous et à tous les disciples de Jésus d’être de ceux qui font la paix et le bonheur autour d’eux. Etre en communion avec Jésus, c’est aussi être en communion avec les autres, être artisans de paix et de bonheur autour de soi.

Voilà les enfants, voulez-vous recevoir Jésus dans votre cœur pour qu’il vienne le nourrir de sa vie ?

Alors préparez-vous !

 

7ème dimanche de Pâques

J’ai toujours trouvé ce 7ème dimanche de Pâques un petit peu particulier. Nous sommes entre l’Ascension que nous fêtions jeudi et la Pentecôte que nous fêterons dimanche prochain. Jésus n’est plus là et l’Esprit-Saint n’est pas encore là. Nous sommes un peu comme les apôtres, en attente. Et la seule attitude possible est peut-être justement celle de Jésus dans cette page d’évangile : celle de la prière. Ce chapitre 17 de l’évangile de Jean on l’appelle la prière sacerdotale de Jésus et nous en lisons un extrait lors de ce 7ème dimanche de Pâques, le début l’année dernière, le cœur cette année et la fin l’année prochain. Prière sacerdotale, car Jésus ne prie pas pour lui-même, mais pour ceux que le Père lui a confié.

Ce qui marque dans cette partie que nous venons d’entendre, c’est un mot, qui revient une dizaine de fois. Le mot monde. Un mot qui chez Saint Jean a deux sens et deux sens, j’ai envie de dire un peu opposé. Le premier sens est très positif, le monde, c’est la création et Dieu aime sa création. Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique pour le sauver. Dieu aime ce monde et veut le sauver. Mais ce monde est marqué par l’emprise du mauvais. Comme le dit Saint Jean dans le prologue de son Evangile : la lumière est venue dans le monde, mais le monde a préféré les ténèbres. Il ne l’a pas reçu. C’est bien sûr avec ce sens là que Jésus dit que ses disciples et lui-même ne sont pas du monde.

Alors Jésus prie pour ses disciples qui sont dans le monde. Cette prière tourne autour de trois axes :

  • L’unité,
  • La joie,
  • La vérité.

"Garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné,  pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.  Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné". 3 fois cette notion d’unité revient dans cette parole de Jésus.

Trois caractéristiques de cette unité : il s’agit d’être uni dans la foi, la foi au nom du Père, Fils et Esprit qui crée l’unité. Beaucoup de choses peuvent nous séparer, mais l’essentiel, ce qui fait notre unité c’est notre foi au Christ. Et ça c’est bien plus important que ce qui nous sépare. Cette unité, elle a un modèle, "qu’ils soient un comme nous-mêmes" : unité du Père et du Fils. Et cette unité, c’est un attribut de l’Esprit. L’Esprit d’unité, l’esprit de communion. C’est l’Esprit qui réalise cette unité, cette communion. Que la communion de l’Esprit-Saint soit toujours avec vous disons-nous en commençant l’eucharistie.

La joie. « Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés ». C’est un peu paradoxal, le Christ et ses disciples sont en train de vivre des heures très sombres, nous sommes dans la nuit de la dernière Cène, quelques heures avant que Jésus n’entre dans sa passion. C’est la peur, l’angoisse, la panique qui dominent, mais Jésus parle de joie : qu’ils aient en eux ma joie. C’est la joie du Christ. Cette joie, elle naît de la rencontre. Quand sommes-nous vraiment joyeux ? On n’est jamais joyeux tout seul, la joie naît de la rencontre avec quelqu’un avec qui nous sommes parfaitement en communion. Alors cette joie est aussi le fruit de l’Esprit. Saint Paul le dit dans sa lettre aux galates : le fruit de l’Esprit est amour, paix, joie.

Et enfin, la vérité. «  Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité… afin qu’ils soient eux aussi, sanctifiés dans la vérité. » Trois fois le mot vérité. La vérité, c’est le Christ lui-même. Je suis le chemin, la vérité et la vie, dit Jésus au chapitre 14 de ce même évangile. Le Christ est la parole de Dieu, sa vie, son message, le don qu’il fait de sa vie, c’est la Parole de Dieu et cette Parole est bien sûr vérité. Et l’Esprit est celui qui nous fera souvenir de cette Parole à tel point qu’on le nomme l’Esprit de Vérité.

Voilà l’Esprit que nous attendons à la Pentecôte : l’Esprit d’Unité, l’Esprit de Joie, l’Esprit de Vérité.

Et c’est bien avec cet Esprit que nous sommes envoyés dans ce monde qui est le nôtre. Non pas pour le combattre. Certes ce monde peut nous apparaÏtre bien souvent marqué par le mauvais comme dit Jésus. Ce monde peut nous apparaître bien marqué par des valeurs qui ne sont pas les nôtres. Bien des questions ont été soulevées ces derniers temps particulièrement dans le domaine de la bioéthique, et il peut être tentant de s’enfermer dans une sorte de réflexe communautariste identitaire et d’opposer une contre-culture à la culture ambiante. Ce serait tourner le dos à 2000 ans d’histoire de l’Eglise.

Oui nous avons à vivre dans ce monde qui est le nôtre. Non pas forcément pour adhérer à tout ce qui le caractérise, mais pour le questionner en témoignant de notre foi. Notre foi n’est pas là pour classer les gens entre bons et mauvais, elle est pour les artisans de paix qui voient dans ce monde des frères et des sœurs à aimer, des frères et des sœurs avec qui se réconcilier, des frères et des soeurs à sauver. Et pour cela il faut – à l’aide de l’Esprit de Pentecôte - travailler à l’unité du genre humain, être source de joie autour de nous, et témoigner de la vérité à laquelle nous croyons.

 

4ème dimanche de Pâques

Le quatrième dimanche de Pâques, nous relisons toujours un extrait de ce chapitre 10 de l’évangile de Jean que l’on appelle : « Le bon pasteur ». Nous avons écouté la première partie l’an dernier et nous écouterons la fin l’année prochain. Cette année, c’est donc le cœur de ce texte que nous accueillons. Dans ce passage, j’ai voulu retenir 3 choses qui caractérisent ce bon pasteur :

  • Le bon pasteur, c’est celui qui connait ses brebis
  • Le bon pasteur c’est celui qui rassemble
  • Le bon pasteur c’est celui qui donne sa vie pour ses brebis.

Le bon pasteur connait ses brebis et ses brebis le connaissent, c’est donc une connaissance réciproque. Ce n’est pas comme si je disais, je connais telle ou telle star, qui elle ne me connait pas du tout. Non, ici la connaissance est réciproque et pour qu’il y a ait connaissance réciproque, il faut qu’il y a ait une certaine intimité, une certaine fréquentation mutuelle. C'est-à-dire prendre le temps d’apprendre à se connaître. Cette connaissance mutuelle, elle a un modèle, une référence. C’est celle du Père et du Fils. Comme je connais mon Père et mon Père me connaît. Cette connaissance est une véritable union, une communion, une véritable intimité.

Alors cela nous interroge : qu’est-ce que je fais pour toujours mieux connaître, le Christ, et me laisser connaître par lui. Est-ce que je prends le temps de le fréquenter, de vivre une certaine intimité avec lui… en prenant le temps de méditer sa parole, de le contempler dans tout ce qui fait sa vie dans l’évangile ?

 

Le bon pasteur, c’est celui qui rassemble. Le mot n’est pas dans le passage que je vous ai lu. Mais, le Christ dit : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Mais, celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix. Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. De quel enclos parle-t-il ? Je ne sais pas. Peut-être pouvons-nous y voir les autres confessions chrétiennes, les croyants d’autres religions, les non-croyants… Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que le Christ nous dit en utilisant le futur : il y aura un seul pasteur, et un seul troupeau. C'est-à-dire que le Christ se fixe comme objectif d’être celui qui rassemblera tous les hommes. Un seul pasteur lui, un seul troupeau : l’humanité. Et qu’il n’y a qu’une seule manière d’y arriver, c’est d’écouter sa voix et de se laisser conduire par lui.

Alors cela nous interroge : quelle part je prends à la mission pour que la part d’humanité qui vit autour de moi ai accès à la parole de Dieu et apprenne à connaître le Christ. Et comment est-ce que je travaille à l’unité du genre humain, à la réconciliation entre les hommes, à la paix dans le monde. A tout ce qui peut favoriser le rassemblement du troupeau.

 

Et puis enfin : Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.

Ce n’est pas un berger mercenaire, le berger mercenaire, il n’est là que pour gagner sa vie, pas pour la donner. Alors si un loup menace le troupeau, ce qui importe le berger mercenaire c’est de sauver sa peau, de sauver sa vie. Alors que le bon pasteur, ce qui l’importe, c’est de sauver le troupeau et il est prêt à donner sa vie pour cela. Nous sommes bien sûr dans le temps de Pâques. Et nous faisons une lecture pascale de cet évangile. C’est la croix que nous voyons se dessiner là. « J’ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la recevoir de nouveau. » Mort et résurrection. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie nous faisons mémoire de ce don que le Christ fait de sa vie par amour et nous en rendons grâce au Père.

Alors cela nous interroge : est-ce que je sais prendre le temps de reconnaître le don qui m’est fait et d’en rendre grâce. Et quel objectif je donne à ma vie ? Comme le mercenaire, qui ne pense qu’à la sauver ? Où comme le Christ qui ne pense qu’à la donner ?

Finalement cet évangile nous rappelle l’essentiel de la vie chrétienne : vivre une telle intimité avec le Christ, pour pouvoir témoigner que c’est lui qui nous fait vivre.

 

Homélie de Pâques

De grand matin, le premier jour de la semaine, dès le lever du soleil. Aube nouvelle, jour nouveau, nouvelle semaine. L’évangéliste prend bien soin de nous nous signaler qu’une nouveauté bien plus importante se prépare. Trois femmes vont à la rencontre d’une vie qui n’est  plus, elles vont s’occuper d’un corps mort, elles redoutent la pierre qui ferme le tombeau. Mais rien ne se passe comme prévu : le tombeau est ouvert, le crucifié n’est plus là, un jeune vêtu de blanc – qui est-il ? – leur annonce : « le crucifié est ressuscité, il n’est plus ici ».

Les femmes sont saisis de frayeur, nous dit le texte. « Ne soyez pas effrayés » leur dit le jeune homme. Alors Elles sont invitées à faire ce triple passage de la peur à la joie profonde, de l’incrédulité à la confiance, à la foi, de la tristesse du deuil à l’annonce joyeuse de la Bonne Nouvelle de la résurrection. Ce soir, en cette nuit où nous sommes rassemblés pour célébrer, pour fêter Jésus ressuscité, nous sommes non seulement invités à accueillir cette bonne nouvelle qui est au cœur de notre foi, la nouvelle de la résurrection du Christ, mais nous sommes aussi appelés à vivre en disciples du ressuscité et donc à vivre nous-mêmes en ressuscités. Et, c’est en vivant en ressuscités que nous serons à même d’annoncer la résurrection du Christ. Comment annoncer la résurrection du Christ avec une tête de vendredi saint. Trop de chrétiens ont une tête de vendredi saint ! Nous devons vivre en ressuscités, avec une tête du matin de Pâques !  Qu’est-ce que cela veut dire vivre en ressuscités ? C’est passer comme le Christ de la mort à la vie ! Non pas le jour de notre mort ! Mais maintenant ! Comment ?

Comme les trois femmes de  l’Evangile, passer de la peur à la joie profonde.  De l’incrédulité à la foi, à la confiance. De la tristesse du deuil à la joie de l’annonce.

Oui, passer de la peur à la joie profonde.  Nous avons sans doute bien des raisons d’avoir peur. Peur de l’avenir, du chômage, peurs environnementales, peur de la maladie, de l’échec, de l’exclusion, des fanatismes, nous l'avons vu encore récemment. Pour vivre en ressuscités, nous devons nous convertir pour passer d’une attitude de repli sur soi à une attitude de sortie de nous-même pour vivre la joie de la rencontre. Pour vivre en ressuscités, nous devons mettre notre foi au Christ ressuscité en acte, à vivre la joie de l’Evangile en étant solidaires des plus faibles, en portant le souci des plus petits.

De l’incrédulité à la confiance, à la foi. Dans l’évangile, les annonces de résurrection, les rencontres du ressuscité ne sont pas sans incrédulité, on pense bien sûr à celui qui ne croit que ce qu’il voit, Thomas. Mais la suite de cette page dans l’évangile de Marc en est aussi le témoignage. Il ne faut donc pas s’étonner que la foi en la résurrection soit difficile pour nos contemporains et aussi pour nous-mêmes. Vivre en ressuscité, c’est prendre les moyens d’approfondir notre foi. Tant de choses dans notre monde nous incite à ne pas croire – non seulement croire en Dieu – mais aussi croire en l’autre : les violences, les divisions, les séparations, les discours haineux, tout nous incite à la méfiance. Vivre en ressuscité, c’est retrouver le chemin de la confiance en travaillant au vivre ensemble, en travaillant à réconcilier les hommes entre eux, en travaillant à l’amour fraternel, à l’amitié, au dialogue, à la paix…

De la tristesse du deuil à la joie de l’annonce de la bonne nouvelle. Bien sûr dans nos vies, il nous arrive d’être confrontés au deuil, la perte d’un être cher, ou plus simplement de devoir renoncer à un désir profond, un projet qui nous tient particulièrement à cœur et dont il va falloir faire le deuil. Vivre en ressuscités, c’est croire que la vie même du ressuscité habite en nous et nous fait vivre d’une manière nouvelle en prenant le parti de l’espérance. Vivre en ressuscité, c’est vivre avec le Christ pour compagnon, pour ami. Et c’est cette amitié, qu’il nous faut annoncer, proposer comme chemin de bonheur et de résurrection.

Cette nuit, je voulais juste vous confier trois petits mots : La vie, la joie, la foi. Conjugez-les comme vous voulez : Croyez en une vie joyeuse. Vivez joyeusement votre foi… C’est cela vivre en ressuscité et n'oubliez pas : avec une tête du matin de Pâques !

 

Jeudi Saint

Les enfants savez-vous ce que c’est qu’un testament ? Et un héritage ?

Un héritage. Vous en avez déjà entendu parlé puisque quand vous avez préparé le sacrement de réconciliation que nous avons vécu samedi dernier, vous avez lu un conte biblique et une parabole de Jésus où il est question d’un fils qui ne veut plus rien avoir avec son père et qui lui dit : « Donne-moi la part d’héritage qui me revient. » Vous vous souvenez ! Il fait comme si son père était mort et il veut sa part d’héritage. Et donc le testament, c’est le papier sur lequel on écrit ce que donne et à qui on le donne à sa mort.

Ce soir, c’est un peu le testament de Jésus que nous venons de lire. Ce testament qu’il écrit la veille de sa mort, en présence de ces disciples. "Voilà ce que je vous laisse en héritage." Deux choses + une.

Ces deux choses, ce sont deux gestes.

Le premier, c’est St Paul qui nous le rappelait. « Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu. » Et St Paul rappelle ce que Jésus ce geste du repas. Ce pain et ce vin que Jésus prend et donne en disant : ‘Prenez et mangez, prenez et buvez, ceci est mon corps, ce ci est mon sang’. Jésus, à travers ce geste, veut faire comprendre à ses disciples que sa mort, c’est d’abord un don, c’est sa vie qu’il donne. Il donne sa vie en nourriture à ses disciples d’hier et aussi à ces disciples d’aujourd’hui que nous sommes. Voilà pourquoi nous refaisons ce geste tous les dimanches et même tous les jours. Voilà pourquoi vous commencerez à communier très bientôt. Pour que la vie de Jésus nourrisse la vôtre.

Et puis le deuxième geste. Nous venons de le vivre. C’est le geste du lavement des pieds. Au cours de ce même repas, la veille de sa mort, Jésus se met à laver les pieds de ses amis. Il prend la place du dernier des serviteurs. Et il leur dit et nous dit : » vous aussi faites de même, soyez serviteurs les uns des autres. » Toute sa vie, Jésus s’est fait le serviteur des hommes et des femmes de son temps. En écoutant, en accueillant, en guérissant, en pardonnant, en relevant. C’est sa vie qu’il nous donne : en nourriture et aussi en exemple. La vie qu’il nous donne en nourriture, c’est la vie du serviteur qu’il était. Alors bien sur, ce deuxième geste, on ne le refait pas tous les dimanches à la messe. Car ce deuxième geste, c’est tous les jours qu’on doit le faire, après de tous ceux qui vivent autour de nous. Le service à la maison, à l’école, dans le quartier. Servir les autres.

Voilà le testament que Jésus nous laisse, l’héritage qu’il nous donne. C’est sa vie. Ce ne sont pas des avoirs, comme des comptes en banque. Avec Jésus, il n’est jamais question d’avoir, avec Jésus, il faut être. Etre serviteur. A si. Avec Jésus, il est question d’avoir. Et c’est mon troisième point. Si le fils de la parabole voulait avoir sa part d’héritage. Avec Jésus, c’est ce qu’il dit à Pierre qui ne veut pas que Jésus lui lave les pieds : « Simon, si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ! »  Avoir part avec Jésus ! Voilà le véritable héritage. C’est sa vie qu’il nous donne en exemple et en nourriture pour que nous vivions avec lui. Amen.

Homélie du 3ème dimanche de Carême (B)

On peut avoir l’impression en lisant certaines pages d’évangile que l’auteur nous rapporte une anecdote, un petit fait sans importance de la vie de Jésus. Et quand, en plus, cette anecdote ne correspond pas bien à l’idée que l’on se fait de Jésus, on ne se presse pas d’aller chercher plus loin pour en découvrir tout le sens. Ainsi en est-il de ce récit que Saint Jean  nous rapporte : Jésus se met en colère, tresse une corde pour en faire un fouet, chasse les vendeurs du Temple et renverse les tables de changeurs.  Est-ce un coup de colère anecdotique ? Ou est-ce bien plus que cela ? Le simple fait que St Jean ait choisi de nous rapporter ce récit et aussi toute la discussion qui suit, nous oblige à nous interroger sur la signification de ce geste.  Et la signification de ce geste est tout simplement radicale : Jésus vient changer la religion. Ce récit se situe au chapitre 2 de l’évangile de Jean. Le premier chapitre, c’est le prologue, le témoignage de Jean Baptiste et l’appel des premiers disciples. Le chapitre deux est constitué de deux récits. Le premier, c’est le récit des noces de Cana et le second, l’évangile de ce jour.  Ce chapitre deux est donc est un chapitre annonciateur, prophétique: Jésus vient changer la religion. Les ablutions rituelles, c’est fini. Le Temple, c’est fini. Les sacrifices, c’est fini.

Jésus ne change pas l’eau en vin à Cana. Il remplace l’eau des ablutions rituelles des juifs en vin des noces de l’Agneau. Les juifs ont toujours besoin de se laver, de se purifier, d’être purs face à Dieu. Jésus vient leur dire, la religion, c’est pas ça. Ce n’est pas d’avoir peur d’être impur, la vraie religion c’est une histoire d’alliance, c’est un mariage, c’est être aimé et aimer Dieu. Les Noces de Cana, c’est l’annonce de la nouvelle alliance, d’un mariage d’amour entre Dieu et l’humanité. Jésus nous fait passer d’une religion de la peur à une religion de l’amour.

Et cela se confirme avec l’évangile de ce jour. La première parole de Jésus dans cette page d’évangile est celle-ci : « Cessez de faire de la maison de mon Père, une maison de commerce ». Ou de trafic dans l’ancienne traduction. Nous sommes dans le Temple et Jésus semble s’en prendre à tous les acteurs, à tous ceux qui jouent un rôle dans ce Temple. C'est-à-dire les grands-prêtres, les docteurs de la Loi, les lévites, les pharisiens, les scribes. Ils tirent profit de leur situation, de leur place, de leur privilège pour bien vivre. Dans le Temple, ils sont chez eux. Alors que le Temple, à l’origine, c’est le signe de la présence de Dieu. Dieu est là présent au milieu de son peuple, son peuple qu’il a choisi, libéré, installe sur cette terre. Ils ont oublié Dieu et ils se sont installés chez Lui. Ils ont pris sa place. Alors Jésus vient remettre les choses à leur vraie place. Le vrai temple ou Dieu habite, c’est le corps. Dieu est venu s’installer chez vous, en vous. Vous avez cru vous installez chez lui dans le Temple, mais c’est Dieu lui-même qui est venu s’installer chez vous dans votre corps.

Même chose pour les sacrifices. Dans le temple, il y a tout un trafic autour des sacrifices. C’est un véritable commerce, il y a les vendeurs de bœufs, de brebis, de colombes. Et puis il y a les changeurs, les banquiers, qui se chargeaient de changer l’argent, car dans le Temple, on ne pas paie avec l’argent de l’occupant. « Enlevez tout cela ! » Avec Jésus, il n’y a plus besoin de sacrifice. Dieu est là présent pas besoin de lui offrir des sacrifices pour s’attirer ses bonnes grâces. Jésus nous indique qu’il n’y a qu’un seul sacrifice : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Il parlait de son corps. Puisque le nouveau Temple, c’est son corps, le seul sacrifice, n’est plus un sacrifice rituel inefficace, c’est le sacrifice existentiel, le sacrifice de son propre corps, c’est à dire de sa propre existence. C’est le don de soi, par amour. Pas besoin de sacrifice pour s’attirer les bonnes grâces de Dieu. Dieu lui-même nous fait grâce de son Fils. Dieu nous donne son Fils. Et son Fils nous donne sa vie.

Alors quelle est notre religion ? Une religion de peur, la peur de ne pas être en règle, de ne pas avoir fait de sacrifices, de ne pas être pur ? Ou est-ce la religion de l’amour. Notre Père que ta volonté soit faite. Tu nous aimes tellement que tu es venu habiter chez nous dans notre corps, dans notre cœur. Ta volonté, c’est que je te laisse un peu de place. Ta volonté, c’est que je puisse aimer à la mesure dont tu nous aimes. Totalement, jusqu’au bout, jusqu’au don de soi.  Oui, Père, donne-moi la force de ton Esprit pour que je puisse faire ta volonté : t’aimer en aimant tous mes frères et sœurs, les hommes et les femmes de ce temps.

 

Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire (B)

Une rencontre ! Une rencontre de Jésus, comme il y en a beaucoup dans l'évangile. Aujourd'hui c'est la rencontre du lépreux ! C'est une rencontre improbable, impossible. C'est une rencontre incertaine, indécise. Enfin, c'est une rencontre belle, lumineuse. Ce sera mes trois points que je détaillerais pour le lépreux, pour Jésus et aussi pour moi.

C'est une rencontre improbable, impossible pour le lépreux. Si nous avons bien écouté la première lecture, ce passage du livre du Lévitique - je crois que c'est la seule fois dans les trois années liturgique que nous entendons un extrait de ce livre - qui nous rapporte la conduite à tenir en cas du suspicion de cas de lèpre : il faut absolument isolé le malade. il peut être contagieux. Il est mené hors du camp. Il est exclu. Jamais ce lépreux n'aurait du s'approcher de Jésus, se jeter à ses pieds, au risque de contaminer tous ceux qui étaient là ce jour-là. Et Jésus lui-même qui se laisse toucher par le lépreux n'aurait jamais du toucher cette personne malade. Mais Jésus accepte de passer outre les interdits, les recommandations, les usages de son temps. Oui, cette rencontre aurait du être impossible. Et nous, est-ce que nous savons aussi nous libérer de toutes les contraintes, les manières de faire, les interdits... pour aller à la rencontre de ceux et de celles que rien ne pourrait nous rapprocher ? Les roms, les migrants, les gens du voyage, les personnes souffrant de handicap.... ?

Et puis cette rencontre est aussi incertaine, indécise. Un petit peu comme une rencontre sportive. Quelle va être l'issue de la rencontre ? L'homme qui s'approche de Jésus, il est atteint d'une maladie grave, incurable à cette époque, contagieuse... Cette maladie, elle est le symbole du mal présent dans le monde, dans la vie. Jésus lui, nous le savons, c'est le bien en personne. Il est porteur du bien. ALors la question peut se poser lequel des deux est le plus contagieux, lequel des deux va contaminer l'autre. Est-ce que le mal va l'emporter ? Ou est-ce le bien ? Qui va gagner ? Bien sûr nous le savons. C'est même le coeur de notre foi : avec Jésus le bien est toujours vainqueur du mal. Voilà une bonne nouvelle ! Le bien finit toujours par l'emporter. Alors la question se pose aussi pour nous-même. De quoi est-ce que je suis contagieux ? Est-ce que la mine défaite de ma mauvaise humeur va contaminer la personne qui est en face de moi ? Est-ce que mon sourire va redonner le sourire à la personne que je rencontre ? Oui, est-ce que le bien que je porte en plus est plus contagieux que ce qui est mal en moi ? En tout cas, on peut s'interroger, de que bien suis-je contagieux.

Et puis cette rencontre, c'est aussi une rencontre belle, lumineuse ! Aujourd'hui, c'est le dimanche de la santé qui nous propose comme thématique : "Montre-moi ton visage !" Avec la conviction que chaque visage - même le plus souffrant - me révèle quelque chose du visage de Dieu. Alors, le lépreux, avec son visage de lépreux, son visage défiguré, son visage de souffrant, n'est sans doute pas sans nous évoquer le visage du Christ sur la croix, le visage du serviteur souffrant comme l'annonçait le prophète Isaïe. C'est le visage de l'exclu, du rejeté, du méprisé... le visage du plus petit auquel le Christ s'identifie. Est-ce que je sais le reconnaître et l'accueillir. Et le visage du Christ, dans cette page d'évangile, ce visage compatissant, accueillant, le visage de celui qui relève, guérit, pardonne... Oui, Jésus nous révèle le visage du Dieu amour et miséricordieux. Alors moi ! "Montre-moi ton visage !" Quel visage je donne à voir, quel visage je révèle. Est-ce le visage du Dieu de la vie ? Du Dieu qui veut le bonheur chacun de ses enfants ? Pourra-t-on dire après m'avoir rencontré : 'j'ai fait une belle rencontre aujourd'hui, une rencontre lumineuse ? 

 

Homélie du 2ème dimanche du temps ordinaire (B)

De cette page d'évangile, j'ai voulu d'abord retenir deux questions, car ce sont deux questions que je trouve très actuelles : Que cherchez-vous ? Où demeures-tu ?

Que cherchez-vous ? C’est d’abord la question de Jésus aux deux disciples : que cherchez-vous ? Une question qu'il nous adresse aussi à nous aujourd'hui : Que cherchons-nous ? Quel est le sens de notre existence ? Quelles réponses pouvons-nous donner à cette question ?Peut-être trois pistes :

  • Etre heureux et rendre heureux ceux qui nous entourent. La recherche du bonheur est commune à toute existence.
  • Aimer et être aimé.
  • Donner du sens à notre existence en étant utile aux autres et à la société par notre travail si possible ou par des engagements envers les plus démunis, en posant notre regard sur...., comme le suggère l'évangile. Et aujourd'hui je pense particulièrement aux migrants et aux réfugiés...

Voilà trois types de réponses que nous pouvons avoir à la question : Que cherchons- nous ?

Mais à cette question les disciples répondent par une autre question : Où demeures-tu ? Une question là aussi bien actuelle ! Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais depuis que nous utilisons des téléphones que l’on appelle portable ou mobile, ils sont bien personnels. Et on n’appelle plus chez quelqu’un, une maison, une habitation, on appelle une personne et arrive le moment où on pose la question : mais "T’es où ?" Une questions que l'on poserait bien quelque fois à Dieu : "Dieu t’es où ? Où demeures-tu ? " C’est vrai, il y a trois semaines, nous avons fêté Noël. Et depuis Noël, nous le savons Dieu n’habite plus aux cieux. Dieu n’habite plus chez lui, il habite chez nous. Dieu a fait chez nous sa demeure. Saint-Paul le disait tout à l'heure, "votre corps est le sanctuaire de l'Esprit." Mais il nous arrive de le chercher, de ne plus trop savoir où le trouver. Dieu t’es où ? 

Que cherchez-vous ? Où demeures-tu ? Deux questions, deux questions bien actuelles, mais qui sont comme des invitations à ne pas se reposer sur ce que nous savons ou nous croyons savoir, de ne pas se contenter de ce que nous croyons, de ne pas rester bien assis dans son confort, ses certitudes, les deux pieds dans le même sabot.

Alors en une phrase l’évangéliste pose trois verbes : "Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils restèrent auprès de lui ce jour-là." Ces trois verbes nous disent quelques chose de l’attitude du disciple du Christ, du chrétien, du baptisé. 

Le disciple, c’est celui qui répond à l’invitation du Christ : Venez. "Ils allèrent donc." Aujourd’hui, nous sommes venus, nous avons répondu à une invitation, nous avons accepté de quitter notre chez nous, notre cocon familial, notre bien-être, pour nous rassembler en communauté, en Eglise, pour rencontrer le Christ.

"Ils virent où il demeurait". Le disciple, c’est celui qui cherche à toujours mieux connaître le Christ, sa vie, son environnement son message, qui cherche à toujours mieux le connaître pour reconnaître sa présence dans sa vie de tous les jours.

"Ils restèrent auprès de lui ce jour-là." Le disciple, c’est celui aussi qui  prend le temps de rester en présence de Jésus. Etre en présence de quelqu’un que nous ne voyons pas. C’est n’est pas si facile et c’est là que notre téléphone est très utile : nous sommes présents à celui que nous ne voyons pas et que nous ne savons pas toujours où il est. Mais comme Jésus n’a pas de 06 ou de 07, demeurer près de lui, c’est prendre le temps de se tenir en sa présence, de le prier, de célébrer et d’écouter sa parole et de la faire vivre dans notre vie de tous les jours.

Répondre à l’invitation du Christ, chercher à le connaître et demeurer auprès de lui. Je crois très sincèrement que si nous acceptons de réaliser cette triple démarche, alors peut-être que notre recherche de bonheur, notre besoin d’amour et notre quête de sens à donner à notre existence trouverons-ils quelques réponses ?

 

Homélie de la nuit de Noël

Vous avez remarqué comme les textes de cette nuit de Noël sont marqués par la nuit. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres, sur les habitants du pays de l’ombre. » Au temps d’Isaïe, le peuple est dans les ténèbres, les ténèbres de la guerre, de l’exil, de l’absence et du silence de Dieu. Au temps des évangiles, ce sont les bergers qui passent la nuit dans les champs pour garder leur troupeau. Ils représentent  aussi le peuple qui est dans la crainte, la nuit, du voleur et des bêtes sauvages…. Sans doute que nous aussi, nous avons quelques fois l’impression d’être dans la nuit, l’obscurité. L'obscurité du monde, de nos vies, de notre foi...

Et tout à coup voilà qu’une grande lumière les saisit. "Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi". Et même les bergers sont "enveloppés par une grande lumière". Tout au long de ce temps de l’avent, nous avons été invités à être attentifs à toutes ces petites lumières qui peuplent notre monde et notre vie. Nous l’avons entendu tout à l’heure. Parmi toutes ces lumières qui vous avez rapportées, j’en retiens une, une seule. C’est celle-ci : « Ma petit fille Lou, nouvelle lumière de quelques semaines qui vient éclairer d’amour nos familles. »

Une naissance ! Un petit bébé qui vient illuminer ceux qui l’aiment. SI j’ai retenu cette lumière, c’est pour me situer dans la ligne d’Isaïe et de l’Evangile. « Oui un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! » annonçait le prophète Isaïe, tout comme l’ange de l’Evangile aux bergers : "Aujourd’hui vous est né un sauveur,... vous trouverez un nouveau-né couché dans une mangeoire. »

Vous allez me dire. Des bébés, il en naît beaucoup tous les jours de par le monde. Ils n’illuminent pas nos vies. Au contraire, l’accroissement de la population mondiale aurait plutôt de quoi nous inquiéter. C’est vrai. 4 bébés naissent chaque seconde dans le monde. Mais le nôtre, celui dont nous fêtons la naissance en cette nuit n’est pas un bébé comme tous les autres. Il est le fruit de l’amour.  C’est vrai tous les bébés aussi. Mais lui pas de n’importe quel amour. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes, qu’il aime. » Ainsi se terminait cette page d’évangile. Dieu aime les hommes. Dieu aime l’humanité. Dieu aime tellement l’humanité qu’il vient l’épouser. Ce thème des épousailles parcourt toute la Bible. Et de cette union naît Jésus, fils de Dieu et par Marie, fils de l’humanité. Voilà la lumière qui nous illumine en cette nuit. Dieu aime tellement notre humanité qu’il est venu l’épouser. Nous ne sommes pas perdus dans l’obscurité du néant ; ce petit enfant nouveau-né, à la fois Dieu et Homme, vient illuminer d’amour toute la famille humaine. Et son amour est si grand qu’il donnera sa vie en aimant jusqu’au bout. C’est ce que nous rappelle la croix. Alors nous pourrons chanter tout à l’heure : « de la crèche au crucifiement, Dieu nous livre un profond mystère, de la crèche au crucifiement Dieu nous aime inlassablement. »

Alors comme disait le pape François : « L’amour est au fond l’unique lumière qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans l’obscurité. » L’amour de Dieu et l’amour des autres, celui que nous recevons  et que nous donnons.  Alors en cette nuit de Noël, contemplons l'enfant de la crèche, aimons-le, contemplons la croix pour comprendre combien ils nous a aimé. Et aimons-nous les uns les autres. Il n'y a que l'amour qui sauvera notre monde. Amen.